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Chambre avec vue

Recherche d’un nouvel appartement avec la complicité de Lou qui se charge du pressbook et en profite pour tirer le portrait aux toits de Marseille. Balcons, terrasses, barres d’immeubles sur fond de collines, agents immobiliers avec leurs dossiers sous le bras et leurs jeux de clés étiquetés.
– « C’est sympa d’accompagner votre père, moi ma fille elle s’en fout bien de ce que je fais, j’aurai de la chance si j’ai des nouvelles avant Noël prochain je vous le dit mademoiselle. »

 

Ne pas s’appeler Médor

« On se débarrasse à bon compte des voyageurs et du voyage en alléguant que presque tous les départs sont des fuites. Peut-être. C’est oublier qu’il y a des choses devant lesquelles on ne peut que fuir : des lieux, des familiers, des « raisons » qui nous chantent une chanson si médiocre qu’il ne reste qu’à prendre ses jambes à son cou. On part pour s’éloigner d’une enfance étouffante, pour ne pas occuper la niche que les autres déjà vous assignent, pour ne pas s’appeler Médor ».
Nicolas Bouvier – L’échappée belle – Métropolis

Retour de Tokyo avec Lou, le Mistral, le bordel de Marseille et dans nos vies. Décalages horaires…

Curious places

Ce qui a commencé en 1986, alors que deux amis étaient en train de brûler une statue de 2,5m est devenu un événement où on met le feu à une statue de 32m de hauteur autour du solstice d’été. Le festival Burning Man, classé comme «Rituel radical», est devenu une oasis du désert pour environ 70 000 personnes. Une «métropole temporaire dédiée à la communauté, à l’art, à l’expression de soi et à l’autosuffisance» prend vie dans le désert de Black Rock au Nevada, toutes les dernières fins de semaine d’août.
La règle d’or de ce festival est qu’une fois terminé, on ne doit y laisser aucune trace et que le commerce y est interdit (même pour tout ce qui est des substances illicites) – seul le billet d’entrée étant payant.
Ensuite, le Burner se doit impérativement d’être autonome. Il faut prévoir bien à l’avance son campement, de quoi se couvrir durant la nuit et surtout, des provisions et de l’eau pour tenir une semaine dans ce qui reste un désert. Et ne pas oublier des vélos puisque ensuite toute circulation avec un véhicule est proscrite.
L’édition de l’année prochaine se déroulera entre le 26 août et le 03 septembre 2018. Et il ne nous reste plus qu’à décrocher le précieux sésame pour partir!
Il faut se créer un profil burner sur le site et ensuite c’est une histoire de rapidité pour la vente principale qui a lieu en général au mois de mars. Il faudra être dans les premiers pour avoir une bonne place dans la file d’attente car tous les tickets sont vendus en 30 minutes! Compter environ 1000 dollars pour 2 tickets et un pass véhicule permettant de s’installer avec un camping-car par exemple (notre option).
Lou s’y voit déjà, moi aussi et c’est vrai que ça a plus d’allure comme sortie clandestine qu’un 5 à 7 dans un hôtel Ibis…


Je n’en meurs pas non plus

Thomas Sandoz écrit sur les fêlures souvent cachées si profondément que personne ne les voit. Même en terre (2012), Les Temps ébréchés (2013) et Malenfance (2014) suivaient les cheminements intimes de personnages en bute au chagrin, à la maladie, à la peur. Avec une attention extrême aux matières, aux sons, aux lumières qui habitent d’autant plus fortement les solitudes. Changement de focale avec Croix de bois, croix de fer, son quatrième roman édité chez Grasset. Cette fois-ci, c’est un homme charismatique, habité par une foi capable d’aplanir toutes les montagnes, un homme de contact désireux d’aider et de servir son prochain partout où la Bonne parole doit être apportée, qui se trouve au centre du récit. Mort prématurément dans la fleur de la quarantaine, dans les années 2010, il a eu le temps de peaufiner sa propre légende, de consigner sa geste héroïque dans une mission protestante au Tchad, en signant une autobiographie. Et c’est ce livre qui met en rage le narrateur de Croix de bois, croix de fer. Ce narrateur en colère est le frère cadet du héros missionnaire. Il est bien vivant, lui, et il a bien l’intention de rétablir la vérité sur ce frère écrasant. Il écrit alors mentalement l’histoire de la fracture profonde entre son frère et lui, née de leur désaccord ancien sur la notion de bien et d’entraide. Comment se fait-il que son frère aîné ait voulu suivre la route tracée par les parents, missionnaires en Centrafique dans les années 1960 ? Et que lui soit toujours passé pour le raté de la fratrie, désolant ses parents, taxé d’égoïste, de matérialiste, alors qu’il ne faisait que vivre une adolescence tout ce qu’il y a de plus normale, dans une ville au pied du Jura, dans les années 1980 ?
Né en 1967 à La Chaux-de-Fonds où il est installé, il évoque souvent la maison familiale sans télévision et une certaine forme de liberté ou d’imaginaire qui lui est venue par les livres. Des souvenirs assez douloureux aussi de lundis matin où les copains se racontaient le de Funès du dimanche et où il se sentait isolé. Du coup, il a beaucoup lu et l’écriture est arrivée ensuite, à force de lire.
Thomas Sandoz est écrivain, mais il se dit aussi «épistémologue» – «historien des vérités que se donnent les hommes», selon sa définition –, écrivant pour des journaux, composant des essais, comme cette biographie d’Allain Leprest (Christian Pirot, 2003) aujourd’hui épuisée, ou ces Histoires parallèles de la médecine (Seuil, 2005). Une vie dans l’écriture, saisie de plus en plus par la fiction. Il participe aussi au projet « roman d’école » qui consiste à faire participer des élèves entre 12 et 17 ans, définis comme « faibles » scolairement ou ayant des difficulté avec la lecture ou l’écriture, à la conception d’une histoire – sous la conduite d’écrivains professionnels.
Lorsqu’on lui demande s’il parvient à vivre de sa plume, il répond avec humour: «Je n’en vis pas, mais je n’en meurs pas non plus. C’est déjà pas mal.»

Croix de bois, croix de fer – Thomas Sandoz – Grasset

 

 

 

Le meilleur des mondes

«Tout revêtait la couleur bleu azur, excepté notre âme. Nous étions au paradis,mais par contrainte et nécessité.»
Après 1933, Sanary-sur-Mer, située à l’extrémité du Cap Sicié, le point le plus au sud de la Côte d’Azur, à une demi-heure de Marseille, se transforme pour un temps en «capitale de la littérature allemande en exil», selon l’expression de Ludwig Marcuse, accueillant des noms prestigieux – Thomas Mann, Bertolt Brecht, Alma Mahler, Franz Hessel…
Aldous Huxley s’y était installé dès 1930 dans le quartier encore peu habité de La Gorguette où il avait déniché la villa Huley dont le X avait été omis par les ouvriers.
Le monde bougeait. L’art explosait. De Marseille à Hyères, le paysage lui-même gommait ses courbes. L’art avant-gardiste signait une avancée, mais le bouleversement du Krach de Wall Street allait en sens inverse! Le charisme d’Hitler grandissait. L’antisémitisme aussi. Quelques intellectuels, conscients d’un futur plombé d’avance, se posaient à Sanary par grappes comme des oiseaux migrateurs en quête d’un climat plus clément! Exilés dont le flot allait grossir. L’homme courait à sa perte!
Huxley allait écrire – dans ce sud encore épargné pour combien de temps, « Le Meilleur des mondes », en 4 mois seulement, de mai à août 1931, sur fond de relents d’un monde en train de se décomposer et au son des éclats de rire de sa femme et de son enfant traversant le flot de ses sombres pensées.
Il mourra le 22 novembre 1963 mais la nouvelle de sa disparition sera aussitôt éclipsée par l’onde de choc créée le même jour par l’assassinat du président Kennedy…