Scène avec couple à la plage

En 1965, Jean-Luc Godard, posa sa caméra sur l’île de Porquerolles, où il a tourné une partie de son célèbre film Pierrot le fou. Ce film dont les personnages principaux étaient incarnés par Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, met en exergue l’impossibilité d’un couple à regarder dans la même direction.
Aujourd’hui, pique-nique sur la plage Notre-Dame (avec la maison de Pierrot le fou) – eaux bleu turquoise, rivage en pente douce et sable fin, qui a servi de décor au film de Godard.

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La terre ne tourne pas sur son axe

Les équinoxes tombent les 21 mars et 21 septembre. Ça, c’est pour la théorie. Car cette année, l’automne a débuté le 22 septembre au soir, à 22h02 heure française! La faute, paraît-il à l’orbite irrégulière de la Terre, sa rotation autour de l’astre solaire n’est pas parfaite, les saisons ne peuvent donc avoir toujours la même durée.
En plus de cette donnée astronomique, pour que la date de l’automne tombe toujours le même jour, il faudrait que notre calendrier soit parfaitement identique au temps astronomique. Or, selon ce dernier, une année dure 365 jours… un quart. Ce qui force notre calendrier à durer 365 ou 366 jours selon les années. Résultat, l’automne peut tomber entre le 21 et le 23 septembre.
Mais en fait, on s’en fiche un peu, parce qu’à Porquerolles c’est encore l’été! Les touristes sont partis, les hôtels commencent à fermer et on fait la course à vélo sur les petits chemins.

Le territoire du vide

« La plage est divisée en cinq zones. Celle du milieu, large de cinq cents pas, doit rester vide, elle a pour fonction de séparer les deux secteurs réservés l’un aux hommes et l’autre aux dames… Cette distribution selon le sexe se double d’une frontière sociale. Le secteur dévolu au sexe masculin est divisé en deux zones. Dans la première, s’ébattent les membres des classes inférieures, dépourvus de cabines comme de voiture de bain. Le second secteur de sable est réservé aux riches, ceux-ci disposent de 20 ou 30 cabines équipées, de voitures et d’un chemin de planches qui évite à leurs pieds délicats d’éventuelles coupures. La 1ère des zones réservées aux dames bénéficie du même type d’équipement, dont se trouvent privées les femmes des classes inférieures, cantonnées dans le dernier secteur. »
Alain Corbin – Le territoire du vide – Champs Flammarion

À la fin du 19e siècle, on assiste à Marseille à la création de nombreux bains de mer, dont le « bain de mer des Catalans » qui bénéficie de l’aménagement de la Corniche. On voulait alors faire de cette anse, une plage à la mode proche de la résidence impériale du Pharo. Un Casino devait en faire un des plus beaux ensembles balnéaires d’Europe, mais le projet échoua. Dès leur arrivée, les premiers baigneurs contestèrent la présence des barques de pêcheurs Catalans qui se retirèrent petit à petit en laissant seulement leur nom à la plage et au quartier. C’est à cette époque que de nombreuses installations (cabines, douches toilettes, plongeoirs…) sont construites. La plage était très compartimentée, il y avait les gymnastes, les baigneurs, ceux qui se faisaient bronzer, les hommes et les femmes. On pouvait faire également une distinction entre les « pauvres » et les « riches » qui prenaient respectivement l’une des 2 entrées.

Aux « Grands Catalans » (sur la droite quand on regarde la mer), se trouvait un groupe : « les Baigneurs. » Ils s’écartaient de la foule pour pouvoir nager, faire du sauvetage en mer et des compétitions, mais ne pouvaient se mettre à l’eau les jours de Mistral. C’est pour cette raison, qu’ils décidèrent en 1921 de construire un club dans une crique abritée du vent. Avec des pioches et de la dynamite ils creusèrent jusqu’en 1928 le 1er bassin d’eau de mer (25m), bassin mythique où de nombreux records du monde ont été battus par la suite. Le Cercle des Nageurs de Marseille était né. Aujourd’hui, il concentre tout à la fois une grande partie de l’élite de la natation française et une fraction de la haute bourgeoisie marseillaise, y être coopté étant le signe que l’on est arrivé du « bon côté de la plage » (je souris à chaque fois en pensant à la fameuse lettre de moralité, sésame d’entrée rédigé par un parrain déjà membre qui permet à Lou de posséder un vestiaire à son nom dans cette vénérable institution et d’y bruncher en famille).

Depuis 2003 la plage anciennement privée avec entrée payante, est redevenue publique ouverte gratuitement au Marseillais. C’est la plage populaire par excellence car la plus proche du centre ville dont elle n’est qu’à quelques minutes même à pieds. Ma préférée, le matin pour quelques brasses tout seul hors saison et un chocolat /croissants ensuite en terrasse au bord de la Corniche ou l’après-midi quand elle est vraiment à l’image de la ville, avec des gamins, des vieux beaux qui soignent un bronzage parfait sur un corps qui menace de s’effondrer, des familles gueulardes et bruyantes, et toujours les joueurs de volley acharnés. C’est aussi là qu’on se retrouve avec Lou, à deux pas de chez elle seulement, quand on n’a que quelques minutes à dérober, juste le temps de regarder partir un ferry vers l’Algérie, fumer une cigarette, et s’embrasser s’il n’y a pas trop de monde en vue avant de repartir comme des voleurs.

« Un spermatozoïde contient 37.5 Mb (mégabits) d’informations relatives à l’ADN. Une éjaculation représente un transfert de données de 15,875 Gb, équivalent à la capacité totale de 62 ordinateurs MacBook Pro (converti en IPhone X, ça dépend de la mémoire externe) . »

Apocalypse Redux

David Lynch dit : «  Quand un film est fini, on ne doit plus s’en approcher. Changer un détail aura des répercussions partout, et l’ensemble peut s’effondrer. »
Visiblement un avis que ne partage pas Coppola concernant Apocalyse Now : un premier montage, en 1979, pour lequel il obtient la palme d’or à Cannes puis un second, en 2001, rallongé de quarante-neuf minutes…  Hier soir, nous avons donc eu droit à la deuxième version, Redux, sur Arte.
De toute façon, il y avait de la matière après deux cent trente-huit jours d’un tournage épique, entre mars 1976 et mai 1977, au cœur de la jungle des Philippines et les kilomètres de bobines accumulés. De là, à rajouter presque 50 minutes à un chef d’oeuvre devenu culte…
Pour commencer, tout le monde connaît par cœur l’attaque d’un village vietnamien par les hélicoptères américains, au son de La Chevauchée des Walkyries, de Wagner. Festival pyrotechnique, figurants partout, logistique démesurée : la séquence la plus démente que Coppola ait tournée. Dans la version Redux, ce morceau de bravoure s’enrichit de détails supplémentaires qui en renforcent encore l’absurdité. Kilgore, le colonel-surfeur interprété par Robert Duvall, se plaint que le souffle de l’explosion de napalm – qu’il vient d’ordonner – fasse retomber les vagues et rende impossible sa sortie en surf en plein assaut. Il se fait ensuite piquer sa planche par le capitaine Willard. Avant d’envoyer ses hélicoptères, qui survolent la jungle en diffusant un enregistrement de sa voix, pour la retrouver. Insensé…

Ensuite, la scène du camp américain. La scène se déroule avant l’apparition des Français. Juste après la revue des playmates, à laquelle assistent des centaines de GI, et juste avant le pont de Do Lung, dernier avant-poste de l’armée américaine dans la jungle, le capitaine Willard et son équipage abordent un camp américain. Vent qui emporte les tentes, pluie diluvienne, boue partout. Une vraie scène d’apocalypse, tournée dans des conditions dantesques, durant une « accalmie » du typhon Olga qui détruisit les décors du film en mai 1976. Renforce la plongée vers l’apocalyse, plus ils vont en amont du fleuve, plus la présence américaine se raréfie, plus les soldats sont fous.

Et enfin, une scène à la Duras, absente de la version d’origine, dont il disait au premier montage : « Rien n’allait. Ni la lumière, ni le reste, rien ! Oubliez qu’on a tourné cette séquence, elle n’existe plus.» Pourtant! Le capitaine Willard, à bord d’un patrouilleur de la marine, remonte le fleuve et en chemin, il accoste à proximité d’une plantation d’hévéas gardée par des français. Ils l’invitent à dîner. scène assise, paradoxale dans un film en perpétuel déplacement. On remonte le temps, on croise les fantômes de l’Indochine française, avec des colons bloqués dans les années 50. C’est aussi une exploration de l’histoire du Vietnam : invasion américaine, colonisation française, perte de l’innocence.

La version a ses détracteurs, mais le film est toujours aussi captivant et loin de s’effondrer va encore plus loin dans la folie du réalisateur. N’en déplaise à Lynch pour une fois…

« Les femmes tombent amoureuses quand elles commencent à vous connaître. Pour les hommes, c’est exactement l’inverse : quand ils finissent par vous connaître, ils sont prêts à vous quitter. »
James Salter – American Express

Un an que nous nous sommes rencontrés. Une soirée organisée par une amie commune dans un bar de la Corniche. Lou trop jeune, trop mariée.
Un an après, un week-end qui commence à se décider à sentir un peu l’automne mais pas trop. 5h00 du matin, une dernière bière à la Plaine, un lever de soleil sur la route, un petit déjeuner avec porcelaine et jardin qui s’éveille, et à 10h00 Lou nue sur la terrasse fait un doigt d’honneur au voisin qui profite de la vue. Si Salter dit vrai, je ne suis pas prêt de la quitter.