La petite fille à la fenêtre avec des Quaalude

« Elle décida de ne pas avaler de Quaalude. Les Quaalude la rendaient lubrique, et quel intérêt pouvait-il y avoir à être lubrique quand on n’a personne avec qui lubriquer ? »
Amistead Maupin – Chroniques de San-Francisco Tome 1

C’est les vacances, alors les amis traînent chez eux, le Tour de France vient bientôt nous faire croire que la ville est propre comme un sou neuf, et mon balcon est devenu aussi fréquenté que la gare Saint-Charles – les ouvriers me font même un petit signe de la main en passant. Avec tout ça, pas gagné pour lubriquer comme le dit Lou qui connaît par cœur les Chroniques de San-Francisco. Avec ou sans Quaalude.
La Canebière, on se croirait dans un bouquin de Izzo, l’hôtel ne sera jamais dans E-Booking et a vu défiler des vies clandestines et des amours tarifés, la porte qui ferme mal et donne l’impression d’être restés sur le pallier, le matelas qui garde l’empreinte du corps et de tous les précédents aussi. Le grondement de la circulation et une odeur de kebab montent de la rue et remplissent l’air épais de la chambre. Ça c’est pour le room service. Lou a le ventre qui gargouille, elle a faim et d’un seul coup a l’air complètement vulnérable, nue devant les volets à l’ancienne un peu déglingués, comme une petite fille qui s’ennuie un après-midi trop chaud de vacances…

Bloody sunday

Je viens de découvrir avec pas mal de retard sans doute, et encore sans Lou je ne me serais aperçu de rien, que j’avais une amie de moins sur Facebook. Bloody sunday.
Étonnant, les lurker qui vous excluent et vous bloquent. Leur 1/4 d’heure de célébrité Warholien sans doute?
Quelqu’un qui cachait soigneusement ses amis (normal sur un réseau social), ses sorties (jamais une photo, normal aussi dans un trou perdu comme Marseille) et ne partageait aucun statut (putain docteur ça y est j’ai dit « je », vite les hommes en blanc).
Un coup d’éclat, exister en disparaissant, combler le vide par le vide. Le concept est digne de Heidegger… mais ça ne marche qu’une fois. So long.

Entre eux

Richard Ford et sa mère Edna en 1974

Richard Ford a raconté plusieurs fois comment, à 36 ans, auteur de deux livres n’ayant rencontré aucun succès, il avait été éconduit par le prestigieux ­magazine Sports illustrated, où il postulait à un emploi de journaliste. Rentré chez lui, il a écrit The Sportswriter », un roman paru en français sous le titre Un week-end dans le Michigan, l’histoire d’un écrivain raté qui devient chroniqueur sportif… L’ouvrage qui lança en 1986 la carrière de l’auteur planétairement traduit et couvert de prix est donc la compensation d’une défaite. Le ­romancier qui peut-être incarne plus qu’aucun autre aujourd’hui l’idée qu’on se fait ici du grand écrivain américain a-t-il peut-être nourri son geste créateur de la conviction que l’écriture possède, d’une façon ou d’une autre, le pouvoir de réparer ce qui a été vécu…
Ainsi, que savons-nous vraiment de l’existence de nos parents ? Et que reste-t-il de leurs vies lorsqu’ils ont disparu ? A ces deux questions aussi simples que vertigineuses, la réponse de Richard Ford est à chaque fois la même : rien, ou presque. Ce qui ne le dispense pas de s’emparer de ces riens pour en faire quelque chose.
Deux textes en miroir qui s’interrogent, se répondent, se répètent parfois. Le père d’abord. Puis la mère. Placés côte à côte, avec, « entre eux », au fil des pages la figure du fils unique que l’on voit naître et grandir jusqu’à devenir écrivain.

Entre eux, est donc une parenthèse dans l’œuvre de Ford puisqu’il abandonne la fiction pour rendre hommage à son père et à sa mère, disparus depuis longtemps. «Comme la plupart des écrivains, note-t-il, ma vie est celle d’un observateur, d’un témoin. N’ayant pas eu d’enfant, ce que je sais d’eux, ou de l’état de parent, je le sais uniquement parce que je suis un fils.» Et il ajoute: «J’ai été élevé par deux êtres fort différents, chacun m’imprimant sa perspective – ensuite de quoi j’ai tenté de voir le monde par leurs yeux.» A travers ces yeux-là, c’est tout l’univers du romancier Richard Ford qui se dévoile en toile de fond, et l’on a parfois l’impression que son père – Parker, un voyageur de commerce ayant passé sa vie sur les routes – ressemble à Frank Bascombe, l’agent immobilier roulant lui aussi sa bosse d’une ville à l’autre…
Richard Ford – Entre Eux – Editions de l’Olivier

 

Les joies de la copropriété : en sortant de chez moi pour essayer de trouver un peu de frais dans le parc, nous croisons dans l’ascenseur la voisine du dessous, genre bobo avec lunettes cerclées qui fait des gammes et affligée d’un chiard qui a autant de puissance vocale à lui tout seul que Gojira sonorisé dans un grand festival. La voisine donc s’enquiert de manière fort courtoise, mais pour la nième fois je dois le reconnaître, de savoir si ce n’est pas « notre » clim qui par hasard ruissellerait et aspergerait son balcon?
Réponse de Lou : « Ce n’est pas notre clim c’est la sienne, moi je suis juste la maîtresse alors je paie pas le loyer. Et pour ce qui est du ruissellement, ça doit pas mouiller beaucoup chez vous? ». Bien longtemps que je n’avais pas rougi…

 

Où est Charlie?

L’Aftermovie des Eurocks 2017,un classique du genre après chaque édition maintenant, avec les temps forts, l’ambiance, les lieux et au milieu de tout ça, un passage presque subliminal qui transforme le clip en remake privé de « Où est passé Charlie ». Le cadeau qui emmerdait si fort ma fille quand on lui offrait, qu’elle refusait obstinément de le retrouver le Charlie.
Et là, tweets, messages privés sur FB, sms, au cas où ça m’aurait échappé :
« Dis, on a vu les filles sur le clip des Eurocks ! »
Effectivement, c’est furtif mais pas de doute c’est elles, inséparables, qui se faufilent en se marrant dans la foule. Peut-être que le séjour nous réserve encore d’autres surprises?

The passengers

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une presqu’île, une chaleur africaine, des souvenirs à la pelle d’autres étés, d’autres sons, des lieux tellement familiers qu’ils font partie de ma géographie, celle avec laquelle on se construit et qu’on emporte partout avec soi. Certains n’y reviennent jamais et se prétendent d’ailleurs mais à chaque fois que je viens je sais que c’est ici chez moi. L’eau glaciale des étangs, les forêts ou l’accent des gens. Comme celui de H.F Thiéfaine, bien gommé par les années mais qui transpire toujours. Les plaies à vif, l’enfance, Baudelaire et Fessenheim tout à la fois. Un univers déglingué et sensible dans lequel je me retrouve à chaque concert comme dans un fauteuil qui a conservé mon empreinte et m’attend.
Iggy Pop, le mythe, chaque morceau est un pan entier du rock, une énergie de locomotive et une rythmique de métronome. Peut-être la dernière légende maintenant que Bowie n’est plus là pour lui renvoyer la pareille.
4 jours à transpirer, à tomber de sommeil, à crever de soif. Des moments magiques, Lou blottie qui s’endort pendant qu’au loin, de l’autre coté du lac, Gojira joue tellement fort qu’on a l’impression d’être à l’avant-scène. 4 jours en bande, à se baigner à poil, dormir dans la pelouse, jouer au ballon, piller le frigo à toutes les heures du jour et de la nuit. Des parents qui déconnent un peu et des enfants devenus raisonnables qui se marrent, Lou qui ne sait pas très bien dans quelle équipe elle joue, ses cuisses qui sentent le savon à la noix de coco et l’huile solaire, sa mine déconfite quand le vin est trop bon et la chaleur irrésistible.
Tout le monde chante « No rain » et les voisins ont hâte qu’on reparte…